mer. Oct 28th, 2020

AFRIQUE-TELEMA

LA PATRIE OU LA MORT NOUS VAINCRONS

Le colonialisme français en afrique.

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Lors de son retrait des colonies africaines, la France leur a imposé deux conditions : la première était que le français fût la langue officielle et la langue d’enseignement des ex-colonies, et la seconde, que l’enseignement public fût rendu obligatoire. Bien entendu, cet enseignement se déroulerait en français. Les établissements d’enseignement ont été façonnés de la manière souhaitée par la France, de l’enseignement primaire à l’université. Par exemple, lorsque le Tchad a obtenu son indépendance, le pourcentage de ceux qui parlaient le français au Tchad était d’environ 2%.

La France a créé la « Communauté des pays francophones » pour empêcher les anciennes colonies de rompre avec la France. Le centre des pays francophones, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) est située dans la capitale française, Paris. L’Afrique est le continent avec le plus grand nombre de personnes francophones au sein de la Communauté des pays francophones. Près de 100 millions de personnes parlent français sur le « continent noir ». La langue officielle de 27 des 54 pays africains est le français. Un organisme de diffusion de la langue et de la culture françaises appelé « Francophonie » a été créé sous la tutelle du ministère français des Affaires étrangères, avec divers satellites et institutions affiliées. La France a des organismes de presse et de radiodiffusion diffusant pour l’Afrique. Des journaux, des magazines, des chaînes de télévision et de radio influencent [l’opinion publique] pour protéger les intérêts français.

Les pays qui sont d’anciennes colonies françaises doivent protéger les intérêts français et donner la priorité aux entreprises françaises dans les appels d’offres publiques. Les entreprises françaises sont prioritaires dans l’attribution des projets publics. Cependant, si nécessaire, ces pays peuvent se tourner vers d’autres sources.

Les Africains, pendant des années, devaient voyager avec Air France ou British Airways pour aller dans d’autres pays du monde. Lorsqu’un citoyen des anciennes colonies françaises voulait se rendre dans un autre pays que la France, il devait quand-même passer par Paris. Après que les compagnies aériennes de différents pays ont renforcé leurs flottes, les Africains ont commencé à utiliser des routes nouvelles et ont découvert l’existence d’autres pays que la France. Aujourd’hui, Turkish Airlines vole vers 53 destinations sur le continent africain. Désormais, tous les transferts sont effectués via Istanbul. Cela est une des motivations derrière les attaques sévères de la France vis-à-vis de la Turquie.

Dans la plupart des anciennes colonies françaises, les grands atouts économiques des pays sont tous détenus par des Français. Par exemple, en Côte d’Ivoire, les entreprises françaises contrôlent en tant que propriétaires tous les principaux services tels que l’eau, l’électricité, le téléphone, les transports, les ports et les grandes banques. Il en va de même pour le commerce, la construction et l’agriculture.

Les courants appelés « occidentalisation » et « modernisation », qui sont utilisés comme des nouvelles méthodes françaises de colonialisme, n’ont su que provoquer une dégénérescence dans ces sociétés. La France a également fait fonder des écoles islamiques, qui seraient en somme sous son contrôle, afin de façonner la pensée religieuse et de briser la résistance des musulmans. Des chaînes de musique pop qui diffusent des émissions obscènes ont été créées pour corrompre ou pervertir les sociétés africaines, et ces chaînes sont diffusées 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. On a voulu abattre la communauté musulmane avec l’alcool rendu disponible par les administrations locales, le retrait du hijab pour les femmes africaines sous le nom de la mode, et en encourageant la culture pop. En conséquence, une nouvelle société a émergé, qui maintenant boit aisément de la bière « Castel » et mange son sandwich à la viande de porc, célébrant la fête du sacrifice dans des bars et des clubs, et considérant cela comme normal. Dans le cadre des célébrations de l’Aïd al-Adha, des artistes pop amenés dans les grands stades donnent des concerts. La dégénérescence culturelle, la corruption dans l’islam et dans la culture africaine sont [désormais] considérées comme normales.

Le Président français, Emmanuel Macron a appelé à fermer une page de l’histoire, affirmant que le colonialisme avait été une « faute de la République ». En visite en Côte d’Ivoire, ancienne colonie de la France pendant de nombreuses années, Macron a déclaré dans son discours que son pays était perçu comme une puissance coloniale et que c’était une erreur pour son pays de tomber dans les pièges du colonialisme. Notant que l’Afrique est un jeune continent en termes de population, le Président français a déclaré : « Les trois quarts de votre pays n’ont jamais connu la colonisation ». Macron a invité la génération de jeunes africains à établir une nouvelle relation d’amitié avec son pays.

En trompant les Africains, Macron utilise le dernier argument du modèle néo-colonial à bout de souffle. Cet argument est l’appel à « ouvrir une nouvelle page » en assumant l’erreur, la faute, le crime. Une fois la nouvelle page ouverte, et les anciennes pages enfouies dans l’oubli, l’exploitation pourra continuer. Les questions des millions de personnes asservies par la France, des ressources souterraines pillées et des artefacts historiques, ne seront plus abordées.

Une autre intention derrière l’invitation de Macron à la jeune génération africaine à établir une nouvelle « relation d’amitié » avec son pays est d’exploiter la jeunesse du continent africain. La France a lancé un programme de renforcement de son contingent militaire avec la jeunesse camerounaise. Ce programme a provoqué la réaction du peuple camerounais. Selon les conditions de candidature au programme, les jeunes camerounais, hommes et femmes, qui disposent d’un rapport de santé d’un médecin militaire, et maîtrisant le français, pourront participer au programme après les élections. Cette initiative de l’École des officiers français a été interprétée ainsi : « Mêmes les jeunes qui mourront pour elle, la France les choisit en Afrique. » Les Camerounais ont scandé que le pays avait besoin d’ingénieurs et de techniciens bien formés pour se développer, et que le Cameroun ne se développerait pas « en mettant ses jeunes au service de la France ». Les Camerounais ont dit : « N’y a-t-il pas, en France, assez de jeunes Français pour mourir? Macron doit avoir plus d’enfants pour nourrir son armée. Les enfants d’Afrique, les Africains travailleront pour l’Afrique tant qu’ils ne seront pas assez stupides pour ne pas voir que les Français préfèrent protéger leurs propres enfants et envoyer ceux du Cameroun à la mort.  »

La France supprime les voix, ou fait démettre de leur poste, les Africains qui perçoivent et signalent que la France exploite toujours l’Afrique. Après avoir demandé à la France de mettre fin à la taxe coloniale, l’ambassadeur aux États-Unis de l’Union africaine, le diplomate zimbabwéen, le professeur Arikana Chihombori-Quao a été limogé par le président de l’Union africaine, le Tchadien, Moussa Faki Mahamat, juste après que celui-ci a rencontré Macron.

– La monnaie coloniale : le Franc

Le continent africain est un continent où les monnaies retirées du marché, sont encore valables. La monnaie appelée Franc n’existe même plus en France. Mais elle existe en Afrique. La France veut perpétuer ce système démoniaque, basé à Paris, où le pouvoir d’achat [d’Africains] est déterminé à Paris, et la monnaie Franc imprimée à Chamalières continue d’être valable dans ses anciennes colonies. Les Francs utilisés en Afrique sont imprimés près de la ville française de Lyon. La France a créé des banques centrales distinctes, par région, comme l’Institut d’Émission des Départements d’Outre-Mer, l’Institut d’Émission d’Outre-Mer [pour la région du Pacifique, ndlr], la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, la Banque des États de l’Afrique Centrale. Il y a des figures africaines adaptées à chaque pays sur les francs imprimés pour les pays africains (tels que les francs centrafricains, les francs d’Afrique de l’Ouest).

Conformément aux termes de l’accord portant à la création de la Communauté financière africaine (CFA), la Banque centrale de chaque pays africain est tenue de conserver au moins 85% [ce chiffre peut varier selon la région, ndlr] de ses réserves de change dans un « compte d’opération » à la Banque centrale française affiliée à la Banque de contrôle des finances. Les pays africains n’ont pas accès à cet argent. La France ne leur permet d’accéder qu’à 15% de cet argent en un an. S’ils ont besoin de plus, ils doivent emprunter de l’argent supplémentaire au Trésor français, de leur propre 85% de dépôts. Le fait que la France fixe également une limite au montant que les pays peuvent emprunter à la réserve rend les choses vraiment tragiques. Le plafond a été fixé à 20% des recettes publiques de l’année précédente. Si les pays demandent plus de 20% de leur propre argent, la France a le droit de veto.

La France détient les réserves nationales de 14 pays africains depuis 1961: Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale et Gabon. Les pays africains doivent également déposer leurs réserves monétaires nationales auprès de la Banque centrale française. Le Trésor français gagne environ 500 milliards de dollars de revenus et profits chaque année en provenance d’Afrique. En conséquence, la France ne veut pas sortir du système monétaire colonial. Les dirigeants africains qui ont tenté de s’opposer à ce système ont été tués ou renvoyés par coups d’État. Et ceux qui obéissent sont généreusement récompensés par la France. Maintenant, la France fait tout pour combattre quiconque veut faire la lumière sur ce côté sombre de son ancien empire.

15 pays membres de la Communauté Économique de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont annoncé que d’ici juillet 2020, ils passeraient à la monnaie commune et utiliseraient la devise qu’ils ont nommée ECO, avec le retrait du franc CFA, la monnaie coloniale française, datant de la période coloniale, et vieille de 74 ans. Le Président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, lors de la conférence de presse conjointe avec le Président Macron, à Abidjan, la plus grande ville de la Côte d’Ivoire, a déclaré que les 8 pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui utilisent le franc CFA depuis 1945, ont décidé de réformes, et qu’ils ne l’utiliseraient plus à partir de l’année prochaine. « Les pays de l’UEMOA quitteront le franc CFA et passeront à la monnaie ECO », a souligné Ouattara. Ces 8 pays géreront également la nouvelle monnaie en coupant leurs liens techniques avec la Banque centrale française et sa trésorerie. Ouattara a noté que la valeur de l’ECO serait adossée à l’euro [par un régime de change lié, ndlr], tout comme c’était le cas avec le franc CFA. Notant que le franc CFA est un outil important à ce jour, le Président Ouattara a déclaré : « Mais nous devons faire des réformes plus ambitieuses et maintenir le pouvoir d’achat de nos peuples afin de renforcer notre grande dynamique. » Dans son évaluation, Macron a également décrit les mesures prises comme une « réforme historique ». Dans le cadre du système ECO, la France retirera également ses représentants de la Banque centrale ouest africaine (BCEAO), de la commission bancaire et du conseil de politique monétaire. La pratique consistant à conserver 50% des réserves monétaires des pays africains à la Banque centrale de France serait également abolie. En revanche, la France resterait le pays garant en cas de crise. Si les pays utilisant ECO n’étaient pas en mesure de payer leurs importations, la France effectuerait ces paiements, mais serait également éligible au retour au conseil de politique monétaire. Il a été déclaré que la condition de parité fixe [ou régime de change lié, ndlr] pourrait être modifiée au fil du temps.

Les 14 pays africains membres de l’UEMOA et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) utilisent deux types de francs CFA depuis la période coloniale. Mais les maîtres coloniaux ont parlé entre eux et changé cela. Les pays étant d’anciennes colonies britanniques, tels que le Nigeria, le Ghana, la Gambie, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone ont déclaré leur retrait de l’ECO. Si cela s’était réalisé, alors cela aurait été le tournant dans les relations de la France avec l’Afrique. Pour l’instant, la France a empêché les pays ouest-africains de quitter le Franc CFA et de refuser de passer à la devise appelée ECO.

La création d’unions régionales en Afrique est une manipulation française pour empêcher la création des États-Unis d’Afrique. Ainsi, faire de l’ECO la monnaie de cette union régionale serait apporter de l’eau au moulin de la France. La monnaie la plus adaptée pour l’Afrique est l’AFRO.

L’AFRO a été proposé par le chef d’État de la Libye, Mouammar Kadhafi, comme la seule monnaie à être utilisée parmi les pays africains. Kadhafi essayait d’établir toute la structure institutionnelle requise à cet effet. Il s’agit notamment de la Banque africaine d’investissement [ne pas confondre avec la Banque africaine de développement (BAD), ndlr] située à Syrte, en Libye, le Fonds monétaire africain établi à Yaoundé, la capitale du Cameroun, en 2011 avec un capital de 42 milliards de dollars, et la Banque centrale africaine située à Abuja. Dès le début de la tourmente en Libye, ces trois projets principaux, qui sauveraient l’Afrique du système capitaliste sauvage mondial et qui seraient les dernières touches de la création de la Fédération africaine, ont été bloqués en raison du gel des 30 milliards de dollars détenus par la Banque centrale libyenne, par le Président américain, Barack Obama. Lorsque la Banque centrale africaine commencera à imprimer de l’argent, elle s’éloignera du système que la France institue dans certains pays africains depuis près de 80 ans. Car lorsque le franc ouest-africain et le franc centrafricain cesseront d’être monnaies courantes, la France perdra tout contrôle. Par conséquent, on peut comprendre que la France s’attaque brutalement à ceux qui interviennent à son encontre dans le dossier libyen. Avec seulement 25 milliards de dollars de capital, le Fonds monétaire africain sauverait les pays africains de leur génuflexion devant le Fonds monétaire international. De plus, le FMI pourrait être empêché de forcer les pays africains à privatiser leurs atouts et richesses. La motivation la plus importante pour l’intervention française en Libye a été que Kadhafi tentait de réveiller les pays africains.

– Le pillage par la France des minerais en Afrique

Des organisations de la société civile parrainées par la France organisent des programmes et des manifestations dans le monde entier pour défendre le danger et la nocivité des centrales nucléaires. Mais il existe aujourd’hui 59 centrales nucléaires en France. L’uranium de ces centrales nucléaires provient de la région d’Agadez au Niger, et ces dernières années du Mali. Six mille camions transportent des scories de mine d’uranium de la région d’Agadez au Niger jusqu’à la capitale et le port du Togo, Lomé.

L’uranium a été découvert au Niger pour la première fois par le Bureau Minier de la France d’Outre-Mer un an avant la création de la République du Niger en 1957. La France a suivi les recherches approfondies menées par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), qui ont commencé en 1956 et ont abouti à de nombreuses découvertes à la veille de l’indépendance en 1960.

Pour ainsi dire, le colonialisme réussi de la France en Afrique a été réalisé à travers des accords secrets militaires, et des accords sur les ressources, ainsi que la création de ses régions monétaires. Ces accords, qui protègent les intérêts de la France, ont été mis en œuvre, par exemple, avec des dirigeants tels que Gnassingbé Eyadéma et Omar Bongo, au Togo et au Gabon respectivement, et des « gouverneurs locaux » de l’élite en Côte d’Ivoire, tels que Félix Houphouët-Boigny. La France a non seulement un accès prioritaire aux ressources stratégiques, mais la présence de bases militaires françaises dans les anciennes colonies est également légitimée, et les positions des dictateurs poussés à l’alignement le sont aussi. Depuis les années 1960, 27 accords ont été signés par d’anciennes colonies, dont le Niger. La France a le droit d’acheter toute ressource naturelle de ses anciennes colonies, et seulement après que la France a dit « je ne suis pas intéressée », les pays africains sont autorisés à chercher d’autres partenaires. Aujourd’hui, [la France] dispose sur le continent africain, d’environ 1 100 grandes entreprises et filiales, ainsi que de 2 109 sous-traitants locaux.

[Mustafa Efe est président du Centre africain d’études stratégiques (AFSAM)]

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